Les plantes médicinales de Guadeloupe : trésors de la pharmacopée traditionnelle
Guadeloupe, quelques fêtes

Les plantes médicinales de Guadeloupe : trésors de la pharmacopée traditionnelle

La Guadeloupe, perle des Caraïbes, est dotée d’une biodiversité exceptionnelle. Cette richesse naturelle se reflète dans sa pharmacopée traditionnelle, un héritage ancestral transmis de génération en génération. Ces “rimèd razié”, ou remèdes à base de plantes, témoignent d’un lien profond entre les Guadeloupéens et leur environnement.

Le jardin créole gardien de la tradition

Au cœur de cette tradition médicinale se trouve le jardin créole. Bien plus qu’un simple potager, c’est un espace de vie où se côtoient plantes nourricières et médicinales. C’est un lieu de transmission des savoirs, où les aînés et les tradipraticiens partagent leurs connaissances avec les plus jeunes. L’Association pour la promotion des plantes médicinales et aromatiques de la Guadeloupe (Aplamedarom) met en avant le rôle essentiel du jardin créole dans la préservation de ce savoir (source). Les plantes médicinales font partie intégrante du quotidien des Guadeloupéens, qui entretiennent souvent leurs propres plants (source).

Un savoir-faire partagé

La connaissance des plantes médicinales est largement répandue en Guadeloupe. Si la plupart des habitants possèdent des connaissances de base, certaines personnes âgées et certains tradipraticiens détiennent une expertise approfondie. Un véritable système d’échange de plantes s’est développé au fil du temps, permettant de s’adapter à la diversité des environnements et à la disponibilité saisonnière des espèces (source). Ces échanges sont particulièrement importants pendant la saison sèche.

Quelques trésors de la pharmacopée guadeloupéenne

La pharmacopée guadeloupéenne compte environ 650 variétés de plantes médicinales (source). Découvrons ensemble quelques exemples de ces plantes et de leurs usages traditionnels.

L’aloès pour apaiser la peau

L’aloès, originaire d’Afrique et du bassin méditerranéen, est une plante grasse aux multiples vertus. En Guadeloupe, on l’utilise principalement en application externe. La pulpe fraîche de ses feuilles est appliquée directement sur les petites plaies, les brûlures légères et les piqûres d’insectes pour profiter de ses propriétés cicatrisantes et apaisantes (source).

Le gombo au-delà de la cuisine

Le gombo (Abelmoschus esculentus) est un légume très apprécié dans la cuisine guadeloupéenne, mais il possède également des vertus médicinales. Traditionnellement, les fruits bouillis du gombo sont appliqués en cataplasme pour aider à la cicatrisation des abcès et des petites blessures (source).

Le gros thym un allié du quotidien

Le gros thym (Plectranthus amboinicus), connu localement sous le nom de “Gwo ten”, est une plante aromatique incontournable. On l’utilise traditionnellement pour faciliter la digestion, soulager les règles douloureuses et apaiser les piqûres d’insectes, notamment celles des moustiques. Quelques feuilles fraîches frottées sur la peau peuvent calmer les démangeaisons (source).

L’herbe à charpentiers

L’herbe à charpentiers (Justicia pectoralis), appelée “Zeb chapantyé” en créole, est une plante aux multiples usages. Traditionnellement, elle est utilisée pour favoriser la cicatrisation des blessures, soulager la toux, les maux d’estomac et les rhumatismes. Il est important de noter que cette plante est déconseillée aux femmes enceintes (source).

La malnommée une plante aux multiples bienfaits

La malnommée (Euphorbia hirta) est une plante utilisée traditionnellement en Guadeloupe pour lutter contre la grippe, la diarrhée et la dysenterie. Elle est également réputée pour favoriser la montée de lait chez les femmes qui allaitent (source).

D’autres plantes aux vertus reconnues

La pharmacopée guadeloupéenne comprend de nombreuses autres plantes aux propriétés bénéfiques. La menthe (Mentha spp.) est, par exemple, appréciée pour ses vertus digestives et son action contre la toux et les rhumes (source). L’orthosiphon (Orthosiphon aristatus), aussi appelé “Moustach chat”, est traditionnellement utilisé pour soutenir la fonction rénale et vésicale (source). Le piment (Capsicum frutescens), ingrédient phare de la cuisine créole, est également utilisé pour ses propriétés antibactériennes et sa richesse en vitamine C (source). Le pompon soldat (Leonotis nepetaefolia) était, quant à lui, traditionnellement employé contre le paludisme (source).

Recherche scientifique et perspectives

La médecine traditionnelle guadeloupéenne, longtemps méconnue, bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance scientifique croissante. L’intégration de quinze plantes médicinales de Guadeloupe à la pharmacopée française en 2013 marque une étape importante (source).

La pharmacopée française

Cette intégration ouvre de nouvelles perspectives en matière de réglementation, de recherche et de développement économique. Elle permet de mieux encadrer l’utilisation de ces plantes, de stimuler la recherche scientifique sur leurs propriétés et de valoriser la filière locale des plantes médicinales.

Des études prometteuses

Des organisations telles que TRAMIL jouent un rôle essentiel en documentant et en validant scientifiquement les usages traditionnels des plantes médicinales de la Caraïbe (source). Leur ouvrage de référence, la “Pharmacopée Végétale Caribéenne”, témoigne de ce travail de recherche. Des études approfondies, comme celle menée sur Phyllanthus amarus (source), confirment le potentiel antidiabétique et antioxydant de cette plante, validant ainsi son utilisation traditionnelle. Cette étude souligne également les variations de composition chimique entre les différentes parties de la plante et les spécificités des spécimens guadeloupéens. D’autres recherches mettent en lumière les propriétés antivirales exceptionnelles de Neurolaena lobata, communément appelée “zerb à pic”, notamment contre les virus de type Covid-19 (source).

Entre tradition et modernité

La pharmacopée guadeloupéenne illustre parfaitement l’alliance entre tradition et innovation. La préservation des savoirs ancestraux est essentielle, tout comme l’exploration scientifique du potentiel thérapeutique des plantes. Le 8ème colloque international des plantes médicinales et aromatiques des Outre-Mer, qui s’est tenu en Guadeloupe en 2014, a mis en évidence cette synergie (source).

Une utilisation raisonnée

Il est primordial d’adopter une approche responsable et durable dans l’utilisation des plantes médicinales. La sensibilisation aux risques de confusion entre plantes et la protection de la biodiversité sont des enjeux majeurs. La crise du coronavirus a ravivé l’intérêt pour la pharmacopée traditionnelle (source), mais il est essentiel d’adopter une approche de santé globale.

Un avenir prometteur

La pharmacopée traditionnelle de Guadeloupe, avec ses “rimèd razié”, ses jardins créoles et ses tradipraticiens, constitue un patrimoine d’une richesse inestimable. Elle représente un savoir ancestral sur la nature et une approche holistique de la santé (source). Face aux défis de santé contemporains, la Guadeloupe nous montre comment les connaissances traditionnelles, combinées aux avancées scientifiques, peuvent ouvrir la voie à de nouvelles solutions thérapeutiques. Il est crucial de préserver et de transmettre ce savoir précieux aux générations futures, tout en assurant une gestion durable de la biodiversité exceptionnelle de l’île.